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Les anonymes dans Tintin

C’est la réédition de l’excellent livre de Dominique Cerbelaud (alias Cyrille Mozgovine) qui m'a donné l’idée de rédiger cette étude. En effet, cet ouvrage s’intéresse uniquement aux personnages nommés, ce qui est naturel pour un dictionnaire. Mais que dire de tous ces personnages – et animaux ! - anonymes qui peuvent avoir un rôle important, parfois plus que tel ou tel personnage nommé.
En fait, on peut classer les personnages de Tintin en trois catégories :
les personnages nommés et visibles, cas le plus fréquent.
les personnages nommés et invisibles, par exemple Müsstler.
les personnages non nommés et visibles, qui vont nous intéresser ici.
Si l’on tient compte ou non des dialogues on a six catégories de personnages :
les nommés, visibles et parlants.
les nommés, visibles et muets, par exemple la momie de Rascar Capac !
les nommés et invisibles, toujours muets à ma connaissance.
les non nommés, visibles et parlants, très nombreux.
les non nommés, invisibles et parlants, plus rares.
les non nommés, visibles et muets, c’est-à-dire tous les figurants anonymes.
Bien sûr, ce sont ces trois dernières catégories qui vont nous occuper, car tous ces personnages ne peuvent figurer dans un dictionnaire. Pour simplifier, je fusionnerai les deux premières de ces trois catégories.
J’aborderai chaque album en commençant par les personnages sans nom (visibles ou pas) ayant droit à au moins une réplique, puis je finirai, s’il y a lieu, par les figurants muets.

J’ai recensé 848 anonymes ayant au moins une réplique sur l’ensemble des albums couleur de Tintin. En dresser ici une liste sèche risquerait d’être quelque peu fastidieux, je ne le ferai que pour le premier album, par crainte de lasser. En outre, je ne prétends pas détenir la vérité absolue et je remercie par avance toute personne qui me signalera des erreurs.

Tintin au Congo

Voici dans l’ordre chronologique tous les « parlants » non nommés (Nombre total : 55)
Le journaliste. Que voilà une figure emblématique ! La personne qui souhaite bonne chance à Tintin dans la première case de l’album exerce la même profession que lui et donne le signal de départ des 22 aventures en couleur du jeune reporter ! (p.1 a1)
Les membres d’équipage du paquebot ralliant le Congo :
Le steward (p.1)
Le docteur (12 apparitions entre les p.3 et 8) qui sauve deux fois la vie de Milou !
Un matelot maladroit (p.6 et 7)
Un lieutenant qui stoppe le bateau (p.6)
Le père de Boule de neige (p.9 )
Quatre figurants acclamant Tintin et Milou (p.9)
Trois représentants de journaux américains, anglais et portugais. On ne peut s’empêcher de penser à la vie d’Hergé et ses relations de plus en plus étroites avec d’autres journaux après la disparition du Petit Vingtième. Le représentant portugais est peut-être un clin d’œil à M. Simoes-Müller du « O Papagaio ».
Le garagiste qui lui vend une auto.
Cinq passagers plus le mécanicien du train qu’il a renversé involontairement. Tous louent sa grande ingéniosité !
Le roi des Babaoro’m devant lequel Tintin s’incline respectueusement.
Le guerrier p.23
Le serviteur du sorcier Muganga p.24
Deux auditeurs de l’enregistrement phonographique de Tintin p.26
Deux spectateurs du film de Tintin p.27
Un membre de la tribu reconnaissant p.27
Deux pugilistes p.27
Une femme éplorée dont le mari est malade p.28
Le mari guéri p.28
Le roi des m’Hatouvou p.28, 29 et 30
Un éclaireur Babao’rom p.29
Un membre de la tribu invisible p.29
Le tireur m’Hatouvou p.29
Un chanteur m’Hatouvou p.30
Le père missionnaire p.33, 34, 35, 44 à 46 : c’est, de loin, le personnage non nommé le plus important. Il sauvera même la vie de Tintin.
Les cinq accompagnateurs du missionnaire qui entonnent un chant p.35
Deux élèves p.36
Un pygmée p.50
Le commandant de la police p.52
Le chef de la bande à Gibbons p.52
Un policier noir p.53
Le copilote de l’avion qui lui lance une échelle de cordes (une idée qu’Hergé avait eue primitivement pour une aventure se situant dans le Grand Nord)
Cinq personnages et un chien (!) commentant les exploits de Tintin et Milou p.62

Pour ce qui est des figurants, il faut faire une mention spéciale aux animaux qui ponctuent toute l’histoire, parfois à leur grand dam car certains se font occire !
En voici un inventaire à la Prévert, par ordre d’apparition (123 au total, dont 13 tués par Tintin) :
12 chiens (sans compter Milou !), 1 araignée, 1 perroquet, 1 poisson-torpille, 1 requin, 8 poissons, 1 méduse, 11 moustiques, 11 crocodiles, 10 antilopes, 3 singes, 1 lion, 1 tortue, 2 boas, 2 léopards, 1 éléphant, 1 hippopotame, 2 girafes, 1 rhinocéros, 51 buffles et 1 flamant rose… ouf !
Pour le nombre de buffles, je me suis basé sur la réflexion de Tintin page 59 : « Un buffle, passe encore, mais cinquante, c’est trop, beaucoup trop ! … » On n’en voit qu’une dizaine à l’image.
Pour ce qui est de l’énigmatique flamant rose de la planche 62, on peut y voir une allusion à la Belgique et aux « Flamands » à moins que d’autres tintinophiles aient une meilleure hypothèse.
Parmi les figurants humains, la première vignette de l’album retiendra notre attention : on y voit Hergé lui-même (avec une petite houppe à la Tintin) et ses deux principaux collaborateurs du moment : Edgar-Pierre Jacobs (avec le nœud papillon) et Jacques van Melkebeke (avec les lunettes). Mais nous débordons de notre étude qui consiste justement à nous intéresser aux personnes non nommées !

Tintin en Amérique

Comme pour l’histoire précédente on constate un grand nombre d’anonymes qui parlent (nombre total : 96). Hergé se cherche encore, la famille Tintin n’est pas encore en place et les personnages secondaires surabondent, ce qui renforce encore la solitude de notre héros.
On peut les classer en 6 catégories : les malfaiteurs (21), les policiers (13), les « businessmen » (11), les badauds (15), les Indiens (6) et d’autres personnes de professions variées (30).
Les malfaiteurs, au début de l’histoire, se divisent en deux clans : la bande d’ Al Capone et celle de Bobby Smiles. Puis ils se groupent à la fin en un puissant syndicat sous l’injonction d’un talentueux orateur (p.57).
Parmi ces malfrats, on peut s’étonner que le chef des kidnappeurs ( p.50 et 51) ne soit pas nommé alors que son rôle dans l’histoire est relativement important : c’est lui qui kidnappe Milou ! Pas de nom également pour le gangster qui, peu après, tente de le couler en lui attachant des haltères au pied.
Pour ce qui est des policiers, peu de commentaires à faire sinon que l’un d’eux assomme Tintin gratuitement (p.7). Notons que dans la version noir et blanc la scène est encore plus odieuse : une « bavure » énorme ! Peu à peu, notre héros gagne la confiance de la police, surtout après le beau coup de filet des p.15 et 16, et le chef de la prison s’excuse platement de l’avoir « retenu si longtemps » (p.49).
Les businessmen apparaissent en deux occasions : pour mettre la main sur le pétrole en spoliant les Indiens (p.29). Cette scène est si forte qu’Hergé eut l’idée d’en faire un album dans les années 50, avant le Tibet. Ils interviennent une deuxième fois p.44 après la publicité faite à Tintin par le chef de la police de Chicago : il venait de recevoir Bobby Smiles dans une caisse ! Cette scène n’est pas sans rappeler celle des hommes de presse dans Tintin au Congo.
Les badauds apparaissent en deux occasions également : après l’accident volontaire contre le taxi p.4 puis à la p.37 dans cette autre scène forte où la foule veut lyncher Tintin. Dans les deux cas, les phylactères sont volontairement imprécis.
Pour ce qui est des Indiens, Hergé prend un malin plaisir à les nommer presque tous dans la fameuse scène de la bagarre générale, les anonymes qui parlent n’intervenant que p.26 et 27 ( 3 seulement !). On remarquera que Canard-Enroué est un personnage nommé, visible et… muet !
Pour finir, un mot sur les différents corps de métier qui jalonnent l’histoire, du marchand de glaces (p.8) au speaker de radio (p.62) en passant par le réceptionniste de l’hôtel, le groom, le vendeur de journaux, le tailleur, le maréchal-ferrant, les employés de chemin de fer, le banquier, le shérif alcoolique, les déménageurs et autres employés de maison… tout un petit monde qui nous fait revivre cette Amérique fantasmatique née de l’imagination du jeune Hergé, passablement influencé par ses lectures orientées et les opinions de son mentor Norbert Wallez.
Pour ce qui est des figurants muets, la toute première vignette a une forte charge symbolique : le policier au garde-à-vous devant le malfaiteur… Dans ma jeunesse, je prenais cette image au premier degré !
On notera la diversité des faciès dans la vignette suivante qui montre les crapules aux ordres d’Al Capone. Sacrifiant aux conventions en vogue au cinéma de son époque (qui l’a beaucoup influencé, surtout dans cette histoire comme l’a souligné Philippe Goddin) il faut reconnaître que les gangsters ont tous une belle tête de … gangster !
On a maintes fois signalé le « blanchiment » de la jeune maman p.47 par rapport à la première version, à la demande de l’éditeur américain.
Pour finir, deux figurants retiendront notre attention. Ils sont en p.57 vignette d1 : on voit une jeune starlette blonde, avatar de Mary Pickford dans la première version noir et blanc et, surtout, à côté d’elle, un homme ressemblant étrangement à Rastapopoulos. Mais est-ce bien lui ? Les tintinophiles sont divisés à ce sujet. On remarquera en passant qu’il porte son monocle sur l’œil gauche alors que dans les Cigares du Pharaon il le portera à l’œil droit.

Les Cigares du Pharaon

Le nombre d’anonymes ayant au moins une réplique est de 44.
Le groupe le plus important nous vient de l’armée : 11 au total, surtout lors de l’épisode arabe de l’histoire où Tintin est condamné à mort. Aussi bien le capitaine que le colonel (qu’on reverra à la fin) ou le juge militaire ne sont pas nommés. Dans la partie indienne citons le major qui accueille Tintin dans son bungalow après l’accident d’avion. C’est le seul de la petite communauté à n’être pas nommé tout comme un autre personnage essentiel à cette histoire : le fakir, sans doute le numéro deux après l’infâme Rastapopoulos, qui annihile ses adversaires en leur administrant le terrible « raïdjaïdjah ». Ce personnage est néanmoins répertorié dans le dictionnaire de M.Mozgovine bien qu’il n’ait pas de nom, contrairement au fakir Cipaçalouvishni de l’album suivant. Citons également un Japonais énigmatique et le conseiller du maharadjah. J’ai supposé que c’était eux qui chuchotaient à l’oreille du fakir p.55 (que l’on me pardonne cette liberté !).
Parmi les autres anonymes citons 3 Arabes p.14 et 15 dont l’un - celui qui mange le savon ! - ressemble étrangement au capitaine Haddock. Le monde du cinéma est également représenté avec 3 personnes dont une actrice : apparition rarissime d’une jolie femme dans les aventures de Tintin.
Dans cet univers de folie où le raïdjaïdjah menace à tout instant n’oublions pas le corps hospitalier avec en particulier un docteur bien crédule (p.44). Le dormeur ventripotent (rebondi serait le mot juste) est anonyme dans la version couleurs mais porte le doux nom de maharadjah de Shuplaplah dans la version noir et blanc !
On remarquera une nouvelle scène de « lynchage » (comme en Amérique) cette fois contre Milou aux prises avec des intégristes religieux. Auparavant on aura vu une vache dialoguer avec lui ! Mais après l’épisode où Tintin « parle » éléphant, plus rien ne saurait nous étonner…
Un dernier groupe est représenté par le personnel du maharadjah de Rawhajpoutalah : serviteurs, cornac…
Le « Grand Maître » (p.58) n’est évidemment pas comptabilisé : on saura dans le Lotus Bleu qu’il s’agit de Rastapopoulos. Deux autres personnages non nommés ont été exclus de notre liste : le complice d’Allan au début de l’histoire, on saura en effet qu’il s’appelle Tom dans le Crabe aux pinces d’or. L’aventurier et trafiquant d’armes Henry de Monfreid, non plus, n’est pas cité par Hergé mais l’allusion est suffisamment claire (p.13).


Le Lotus Bleu

Nous avons recensé 63 personnages non nommés.
La partie indienne (p.1 à 4) comprend 3 serviteurs du maharadjah et le mystérieux émissaire chinois (p.3).
Vu le contexte historique, on ne s’étonnera pas que beaucoup appartiennent au monde de l’armée ou de la police : 23 au total. Parmi eux, le commandant de la force d’occupation japonaise qui apparaît pour la première fois p.28 est particulièrement important : il s’entend avec Dawson, le chef de la concession internationale, pour capturer Tintin. Dans cette histoire, on l’a maintes fois souligné, Japonais et Occidentaux sont renvoyés dos à dos, ce que la dernière vignette de la p.36 montre bien. On notera au passage le savoureux accent britannique des soldats p.11 (« et nous on dit à vô de garder vô tranquille ! »). Mentionnons aussi le chef de la police de Tokyo (p.18) particulièrement roué (p.22).
Parmi les Occidentaux pro-japonais, citons l’ami de Dawson, à la moustache blanche p.7 et l’un de ses inspecteurs p.35 en haut. Pour ce qui est des hommes de Mitsuhirato citons le photographe qui tire sur Tintin p.48 ou le gérant du Lotus Bleu p.54 et suivantes.
Parmi les Chinois citons : 4 hommes appartenant aux Fils du Dragon p.14 et 16, le tireur de pousse-pousse défendu par Tintin p.6, son frère reconnaissant p.27, le policier ressemblant étrangement à Hergé p.12, l’un des serviteurs de Wang p.23, le chef de la Sûreté Chinoise p.44, l’ami du défunt père de Tchang p.45, le commissaire p.46.
L’aspect historique est renforcé par la présence d’hommes politiques et autres harangueurs de foule : la célèbre p.22 ou encore la p.60 où l’on assiste au retrait du Japon de la SDN.
Mentionnons pour finir le consul de Poldévie passé à tabac par les hommes de Mitsuhirato.
Pour ce qui est des simples figurants, une vignette retiendra notre attention : la dernière de la p.45 où l’on voit les Dupondt suivis par une foule hilare, contribuant par là-même à rendre sympathiques les Chinois. On rapprochera cet exemple de la scène de foule en p.6 de Tintin au Congo qui produit le même effet. Nous avons dénombré 81 personnes au total plus un chien (sans compter nos héros bien sûr).

L’Oreille Cassée

Pas moins de 83 personnes anonymes ont au moins une réplique dans cet album foisonnant.
Vu le contexte de guerre et de violence qui règne dans toute cette histoire on ne s’étonnera pas non plus qu’il y ait beaucoup de militaires : 39 au total.
Il y a, pour simplifier, 4 parties principales : la première, qui se situe vraisemblablement à Bruxelles, comporte exclusivement des civils mêlés de près ou de loin à l’affaire du fétiche : conservateur du musée, concierge, couple ayant retrouvé le perroquet, témoins d’une tentative d’assassinat de Tintin, etc. Notons le professeur distrait p.6 qui en préfigure un autre, plutôt dur d’oreille…
La deuxième partie, la plus longue, se déroule au San-Theodoros en pleine guerre interne Alcazar-Tapioca, pour le pouvoir, et Alcazar-Mogador pour la possession du pétrole. Sur les 39 soldats ou officiers anonymes dénombrés, 34 sont San-Theodoriens. Les scènes de foule où l’opinion bascule dans l’un ou l’autre camp sont particulièrement savoureuses.
La troisième partie se situe dans la jungle avec les Arumbayas et leurs ennemis les Bibaro’s. Deux personnes importantes sont anonymes : le chef des Bibaro’s et le sorcier Arumbaya pressé de se débarrasser de Ridgewell : un thème déjà vu dans le Congo et qu’on retrouvera dans la dernière aventure de Jo et Zette. En fait, un seul Arumbaya est nommé : Bikoulou, tous les autres étant de simples figurants.
La dernière partie de l’histoire est le dénouement, situé à Bruxelles puis sur un bateau, donnant ainsi l’impression d’une agréable symétrie (car c’est aussi le plan de la première partie !). On y remarque un antiquaire se frottant les mains en p.57, à l’accent yiddish incontestable, et qui semble avoir soulevé moins de protestations que le Blumenstein de l’Etoile mystérieuse. Pourtant le trait est tout aussi appuyé !
Le personnel maritime est majoritaire dans cette dernière partie. Si l’on comptabilise, d’ailleurs, toutes les personnes en uniforme on arrive à 57. Rappelons que l’armée est présente dans la famille d’Hergé puisque son frère y a fait carrière.
On remarquera, par rapport aux albums précédents, que les anonymes ont tous un rôle secondaire : tous les personnages importants sont identifiés, même le gardien de musée qui s’appelle Jules…
Pour ce qui est des figurants muets et anonymes on remarquera dans la première vignette le consul de Poldévie entrevu dans le Lotus Bleu ainsi qu’un individu suspect caché derrière une colonne qui pourrait bien être le voleur du fétiche.


L’Ile Noire

Dans cette histoire épurée à l’extrême (le moins bavard des albums de Tintin !) on dénombre 43 anonymes parlants . Comme pour l’Oreille Cassée, on peut dire qu’il y a les hommes en uniforme (10) , les malfaiteurs (3) … et les autres.
Dans la première catégorie, mentionnons le pompier – sous les ordres du capitaine Harry – qui sauve la vie de Tintin prisonnier des flammes ainsi que le policeman, digne émule des Dupondt, qui dresse un procès-verbal à notre héros.
Parmi les malfaiteurs, 2 ne sont pas nommés sur les cinq principaux. On les voit en particulier p.49 (« L’homme aux bottes » et celui aux petites moustaches qu’on a déjà aperçu au début de l’histoire avec Wronzoff). Ajoutons également le co-pilote de Slim en p.1.
Parmi les autres personnages, mentionnons 3 représentants du personnel hospitalier, p.2 et 23. Il est vrai que, dans cette histoire, Tintin atterrit à deux reprises sur un lit d’hôpital. Pour la prochaine fois, il faudra attendre Objectif Lune. On remarquera en outre, pêle-mêle, la femme du capitaine des pompiers p.21 (anonyme car on ne connaît que le prénom de son mari !), le mécanicien (et pilote improvisé) p.38, le pilote de Tintin p.38 à 40 et le vieil Ecossais typique qui les héberge. Cette scène, où l’on voit 2 adultes discuter sérieusement pendant que Tintin se change et réprimande Milou, renvoie fortement au statut d’adolescent (et même d’enfant !) qui est le sien dans ses premières aventures et qui semble presque déplacé dans la deuxième mouture contemporaine des Bijoux de la Castafiore.
Rajoutons l’hôtelier de Kiltoch p.41, les 4 pêcheurs p.42 et surtout le vieil homme p.41 et 61 qui met en garde Tintin et qui s’attribue ensuite le beau rôle face aux journalistes.
Le recentrage de l’action autour de Tintin et des Dupondt ainsi que la sobriété du scénario explique ce moins grand nombre d’anonymes. La foule est absente, sauf p.61, lorsque de nombreux badauds veulent voir Tintin sans se douter qu’il est accompagné d’un gorille. Si l’on ne compte que les têtes on peut dénombrer 58 personnes, dont Tintin, un policeman, Rizotto, de la Batellerie et 2 femmes. Noter aussi la p.30 où des badauds « contemplent » une voiture accidentée (7 au total).

Le Sceptre d’Ottokar

Il y a 47 anonymes, dont 23 portent l’uniforme. Parmi ces derniers, on peut dire qu’ils se divisent en 3 : personnel aérien, militaires et garde rapprochée du roi Muskar XII.
Dans la première catégorie, remarquons le pilote qui largue Tintin en vol (scène inoubliable) sous les yeux horrifiés du « faux » Halambique (n’y a-t-il pas là une petite incohérence car on saura par la suite qu’Alfred est une crapule).
Parmi les militaires, mentionnons les deux officiers en faction p.26. C’est grâce à eux que l’on apprend que Tintin raconte tout depuis une heure à ce félon de Wizskizsek, un procédé astucieux qui dispense du traditionnel « Une heure plus tard… ». Mentionnons aussi les trois policiers aux ordres de Sprbodj p.32 : ils tendent un piège à Tintin qui s’en sortira de justesse.
Parmi la garde du roi on remarquera le maréchal qui accueille Alfred Halambique. Notez que son grade change d’appellation : à la p.42 le roi l’appelle « Monsieur le maréchal » et en p.58 « général ». Le chef des gardes, p.30, est aussi un personnage important : c’est lui qui détient les clés de la salle du Trésor. Nous faisons connaissance également en p.57 du Ministre des Affaires intérieures, qui conseille au roi d’abdiquer pour éviter « que le sang coule ». Hergé, suivant le même principe, approuvera l’attitude de son roi Leopold III après l’invasion allemande.
Parmi les civils, nous avons exclu de la liste la concierge de Tintin apparaissant p.11 car on apprendra, dans le Secret de la Licorne, qu’elle s’appelle Madame Pinson.
Si l’on sait que l’espion syldave qui prend Tintin en photo s’appelle Sporowitch, on ignore le nom de son chef p.3 à 5. Il faudra attendre la fin de l’histoire pour apprendre le nom de l’amnésique qui s’écroule devant sa porte (Kaviarovitch) alors que les Dupondt confondent amnésie avec armistice et amnistie, faisant écho à la situation internationale tendue au moment de la création de cette histoire.
N’oublions pas, parmi les bandits, les 3 voleurs p.47. L’un d’entre eux sera arrêté in extremis avant la frontière par Tintin. Pour finir, un mot sur quelques Syldaves représentatifs : le paysan p.24, le bègue p.27 (qui fait gagner du temps à Tintin) et le vendeur de limonade p.33. On voit également 3 représentants du corps médical en p.39 mais cette fois Tintin n’ira pas jusqu’à l’hôpital !
Pour ce qui est des figurants muets, mentionnons la fameuse case de l’intronisation de Tintin p.59. 44 personnes sont visibles (dont certaines de l’entourage d’Hergé) : 10 femmes, 27 hommes plus le couple royal, 4 gardes et Tintin.

Le Crabe aux Pinces d’Or

Aucun tintinophile au monde ne l’ignore : cet album voit apparaître le capitaine Haddock. Ce n’est donc pas par hasard que le nombre d’anonymes ayant au moins une réplique se met à chuter : 27 au total.
Apparu p.14, le capitaine va rapidement prendre sa place, qui est grande, parfois aux dépens de Tintin et, ce qui est sûr, aux dépens de Milou !
On peut subdiviser les anonymes de la façon suivante :
Les Arabes (8 au total), qui se répartissent comme suit : 2 méharistes, recueillant nos héros évanouis (ils leur sauvent la vie probablement), le guide au service du lieutenant Delcourt (p.35), 2 Berabers agressifs (p.36 et 37), 1 commerçant (p.46) à qui Tintin achètera des vêtements, 1 anonyme invisible (p.51) et enfin un serviteur d’Omar ben Salaad (p.56) qui lui ouvre la route.
Les marins : 5 au total, dont deux sont au service d’Allan p.18, celui qui se fait voler son canot p.59 et le fonctionnaire des services du port p.43. Ce dernier n’est pas sans importance : c’est de sa bouche qu’on lit pour la première fois le nom du capitaine !
Les policiers : 3 au total, dont deux aux trousses du Capitaine. L’un a la matraque particulièrement facile… Le troisième est le commissaire p.43.
Les autres personnes : 11, dont deux garçons de café (le premier, stylé, annonce Nestor), un speaker de radio (notons la prééminence de ce média, bien compréhensible vu l’époque), un chiffonnier, deux aviateurs à la solde d’Allan, un facteur qui apporte l’os à Milou à la fin de l’histoire.

L’Etoile Mystérieuse

La présence du capitaine et la rigueur accrue des scénarios d’Hergé confirment la baisse du nombre d’anonymes : ici 16 seulement ont au moins une réplique.
La moitié appartient à l’univers maritime : le marin de garde du bateau Aurore (p.15) qui ne répond que par oui ou par non, le radio du capitaine (p.21), le steward (p.23) qui apporte la choucroute sans saucisses, le livreur de mazout (p.31), l’homme de barre et le chef mécanicien de l’Aurore (p.37 et 41), le pilote de l’hydravion (p.44 et suiv.) habile au point de se poser dans la tempête, le capitaine du Peary (p.46) qui sauve la vie de Tintin en empêchant son second, Douglas, de tirer sur lui et enfin un matelot du Peary (p.48). Nous avons exclu de cette liste le cuistot de l’Aurore car nous saurons, dans le Trésor de Rackham le Rouge, qu’il s’appelle Van Damme.
L’autre moitié comprend : le concierge de l’observatoire, dérangé par Tintin à deux reprises, le collaborateur du professeur Calys, qui « s’est trompé dans ses calculs, le misérable ! », l’infirmier qui ramène Philippulus le Prophète à l’asile, le speaker radio (encore un !) qui annonce le départ de l’Aurore, le directeur de la L.M.A. qui vient souhaiter bonne chance à son président d’honneur, le télégraphiste de Bohlwinkel et un employé des postes qui transmet le télégramme de Payne.
Il y a deux scènes de foule à remarquer. D’abord p.7 où les gens apeurés regardent le ciel (20 personnes, dont 7 femmes et un enfant qui tient son papa par le bras) et en p.20, dans un autre registre, où l’on assiste au départ de l’Aurore. On notera que c’est la seule apparition des Dupondt dans toute l’histoire ! Hergé se rattrapera en les embarquant à bord du Sirius dans l’aventure suivante, au grand dam du capitaine…

Le Secret de la Licorne

La « décrue » se poursuit : 11 anonymes seulement ont droit à la parole dans cet album. Leur apparition n’est jamais gratuite mais toujours essentielle au scénario ou pour faire un gag (on ne peut pas en dire autant des premiers albums). Leur faible nombre permet de les traiter chronologiquement et exhaustivement :
p.1 Le marchand de cannes
p.3 le badaud qui renseigne Tintin et le vendeur de « caramelle » qui annonce, physiquement, M.Boullu.
p.8 la femme au chien qui monopolise la cabine téléphonique.
p.13 le serrurier qui vient prêter main forte à Tintin. Notez qu’il arrive deux cases seulement après que Tintin demande sa présence : la BD se lit aussi entre les cases !
p.26 2 pirates ivres qui ne se doutent pas de leur mort prochaine…
p.27 une femme appelant au secours car M.Sakharine a été chloroformé. L’identité de cette dame est mystérieuse : il ne peut s’agir de la concierge car on verra celle-ci p.58, ni de sa femme car elle aurait dit « mon mari » au lieu de « M.Sakharine ».
p.35 2 déménageurs qui kidnappent Tintin.
p.58 la concierge de M.Sakharine.
Il faut faire une mention toute spéciale aux anonymes « muets » car ils plantent merveilleusement le décor de cette aventure. C’est, tout d’abord, la foule affairée et compacte du Vieux Marché au début de l’histoire. Ce marché aux puces donne d’ailleurs des démangeaisons à Milou !
Il y a également la scène de l’abordage – totalement muette – en p.19 où l’on voit le Chevalier de Hadoque occire la moitié des hommes de Rackham le Rouge. A part Diego le Navarrais on n’aura pas une seule réplique de la part des pirates durant le combat.


Le Trésor de Rackham le Rouge

11 anonymes parlants dans cet album également, sans compter les animaux. Passons-les en revue :
p.2 le vendeur de journaux à la criée (plus âgé que ceux des précédentes aventures).
p.3 Cinq « descendants » de Rackham le Rouge
p.9 le vieux marin superstitieux qui lui vend le scaphandre
p.11 l’homme qui lui apporte l’ordonnance du docteur L.Daumière
p.47 l’assistant qui aide nos héros à bord du Sirius. Il n’a droit qu’à une seule réplique alors qu’il apparaît 22 fois ! Notons en passant l’absence de tout équipage visible sur le bateau.
p.56 le rédacteur en chef de la Dépêche. Il serait amusant de voir si Hergé n’a pas croqué l’un de ses collègues du Soir (de même pour Jules Rouget).
p.57 un paysan, ami des Dupondt, qui profite de leur entraînement…
Signalons quelques dialogues animaliers dans l’île du chevalier : les perroquets (9 répliques) qui perpétuent le jargon de l’aïeul, 4 macaques (qui appartiennent effectivement à la famille des cercopithèques) qui jouent avec la carabine de Tintin.
En ce qui concerne les figurants muets, deux scènes sont à remarquer : d’une part celle, déjà évoquée, des descendants de Rackham le Rouge (16 personnes dans la case b3 de la p.4 !) et, d’autre part, la scène finale où le capitaine expose dans la Salle de Marine (13 spectateurs visibles dont M.Sakharine et les Dupondt).

Les Sept Boules de Cristal

Nous avons recensé 19 personnes sans nom connu ayant au moins une réplique. Parmi elles 6 sont des policiers ou des gendarmes. Mentionnons le collègue de Chaubet en faction devant la villa de Bergamotte et, surtout, le commissaire de police de St-Nazaire qui essaye, timidement, de dissuader Tintin de partir pour l’Amérique du Sud. Les autres sont des gendarmes tantôt belges (p.46) tantôt français (p.56).
Les personnes restantes sont :
p.1 le passager du train, qu’on reverra d’ailleurs dans la première mouture du temple du soleil.
p.9 le directeur du théâtre qui essaye de « rattraper » l’incident où fut impliquée Mme Yamilah.
p.10 un spectateur bandant les yeux d’Alcazar alias Ramon Zarate
p.21 le chauffeur de taxi de Marc Charlet
p.22 le facteur qui apporte le magnifique papillon à M.Hornet
p.38 le docteur qui examine l’infortuné Bergamotte
p.47 un paysan renseignant les gendarmes sur la mystérieuse auto noire (qui était aussi celle d’Hergé !).
p.49 un docteur constatant un état de transe chez ses sept patients tous les jours à 10 h 30.
p.59 un docker apprenant à nos héros le départ du Valmy, cargo du capitaine Chester.
p.61 un enfant jouant aux billes qui recevra un billet de la part de Tintin pour ses précieux renseignements. Je trouve que cette scène marque la rupture définitive de Tintin avec le monde de l’enfance.
p.61 un employé des entrepôts qui leur révèle le nom du Pachacamac.
p.62 un employé aérien qui assiste à la déconfiture de ce pauvre Nestor : celui-ci a parcouru plus de 500 kilomètres pour apporter des monocles de rechange à son maître ! Gageons que ses bagages contiennent aussi quelques bouteilles de whisky…

Le Temple du Soleil

Si le dépaysement est total, la concentration du récit reste la même : 22 personnes anonymes seulement ont droit à la parole :
p.1 le chef de la police de Callao qui décline les identités de nos deux héros : « Haddock, capitaine au long cours, et Tintin, reporter »
p.2 l’enfant mettant vainement en garde le capitaine contre les dangers du lama…
p.5 un docteur Quichua mettant le Pachacamac en quarantaine (l’âge d’Hergé au moment de cette histoire !)
p.6 et 8 deux hommes du Pachacamac.
p.9 un policier mal réveillé qui envoie le capitaine sur les roses.
p.12 un contrôleur obligé de trafiquer le wagon de nos héros. S’ensuivra la scène inoubliable du déraillement.
p.17 le chef de gare de la station suivante qui recueille nos amis dans une draisine, le commissaire de police de Jauga qui se « dégonfle » par peur des représailles.
p.18 3 habitants de Jauga peu loquaces (« No sé ! ») et 1 mendiant éconduit cruellement par le capitaine Haddock, une brute martyrisant Zorrino (son complice s’appelle Pedro). Tintin s’excusera de lui faire mal !
p.26 et 27 3 ravisseurs de Zorrino
p.47 et suivantes 3 indiens du Temple du Soleil aux ordres de l’Inca.
p.62 le guide qui ramène tout le monde aux portes de la ville la plus proche.
Mais la personne la plus importante des « sans nom » reste le chef suprême des Incas, appelé « Fils du Soleil » mais dont le vrai nom nous est inconnu.
Mentionnons pour finir, parmi les figurants, les chanteuses p.57 qui n’ont pas été retenu ici car leur nombre est vraiment imprécis (on en aperçoit 11 en tout) et leur dialogue réduit à une mélopée.
Les scènes de foule sont peu nombreuses mais révélatrices. Voyez la population de Callao p.2, sortie tout droit de la riche documentation d’Hergé ainsi que la scène du sacrifice inspirée du «National Geographic » auquel Hergé était abonné.

Tintin au Pays de l’Or Noir

Dans cet album, on dénombre 36 personnes non nommées et ayant au moins une réplique. Ce nombre en hausse par rapport aux histoires précédentes s’explique peut-être par la conception ancienne de l’histoire : 1939.
Au début, Hergé nous emmène sur une fausse piste : l’entreprise Simoun. C’est ainsi que l’on voit, outre un pompiste, deux standardistes de cette firme, un contremaître en colère et le patron lui-même (p.1 à 4). Tintin enquête auprès d’une personne importante non nommée : le directeur de la Speedol, qui nous informe de la gravité du problème et des moyens mis en œuvre pour le combattre : son chef de laboratoire (p.5) en fera les frais.
L’histoire nous mène ensuite au Khemed où une lutte oppose l’émir Ben Kalish Ezab et le Cheik Bab El Ehr. On dénombrera 8 hommes non nommés aux ordres du second (p.16 à 18 et 21) et quatre au service du premier (p.34, 37 et 61).
Le voyage nous fait découvrir le glacial capitaine du Speedol Star (p.7), un matelot irascible qui endommage une belle manche à air toute neuve et 2 marins qui s’inquiètent – à tort – pour les Dupondt (p.13). Ajoutons à cela le docteur qui constate la folie de O’Connor et le second du capitaine (p.14).
L’armée est également bien présente avec un lieutenant et 2 soldats de la police militaire qui arrêtent Tintin et les Dupondt sur de fausses preuves (p.15). Le chef de la police de Khemkhâh (p.17) blanchira les Dupondt.
Pour ce qui est des autres personnages secondaires, citons :
Un bandit complice de Mac O’Connor (p.7), un homme qui prie face à la Mecque et qui reçoit un formidable coup de pied de la part de la part de Dupont (le genre de gag qu’on hésiterait à montrer aujourd’hui !), le client à la solde de Müller qui achète des patins à roulettes à ce cher Oliveira da Figueira et, pour finir, une infirmière affolée en voyant les Dupondt et leur ahurissante chevelure.

Objectif Lune

Dans cette histoire à huis-clos, on dénombre 31 personnes non nommées. Une bonne partie travaille à la base atomique de Sbrodj sous les ordres de Monsieur Baxter (22 au total). Ce personnel se compose d’un nombre impressionnant d’hommes en armes protégeant l’extérieur de la base (p.5 et 6) ainsi que de contrôleurs (la sécurité est un point crucial) qui signalent tout mouvement suspect (p.11 et 17 par exemple). La sortie des véhicules est toute aussi contrôlée que leur entrée (p.41) et nous faisons connaissance à cette occasion avec le chef de la sécurité (p.40) qui, malgré son gabarit imposant, se fait accrocher à un porte-manteau par un Tournesol déchaîné.
D’autre part, la base est remplie de techniciens ayant chacun un rôle bien précis : pompiers (p.11), hommes affectés au radar (p.28), à l’observatoire (p.30), médecins (le confrère du Dr Rotule p.46) sans oublier ceux qui règlent les scaphandres, tel celui de Milou (p.51).
Les personnes extérieures à la base sont le personnel aérien en début d’album : une hôtesse, qui a le culot de vouloir faire boire de l’eau au capitaine, un douanier chafouin et un contrôleur d’identités (p.3).
N’oublions pas, pour finir, les bandits à la solde de Miller (qu’on aperçoit dans l’avion au début) tel ce « cher baron » en p.8, les deux pilotes de l’avion p.17 qui larguent en parachute deux espions dont l’un n’est pas nommé, l’autre s’appelant Jim et tirant sur Tintin (p.21).
Il faut reconnaître, dans cet album, un rôle subalterne à tous ces anonymes.

On a marché sur la Lune

Tous les records sont battus : 4 personnes non nommées ayant au moins une réplique !
Il est vrai qu’Hergé s’est abstenu de montrer toute vie extra-terrestre : les possibilités étaient donc minces dans cette histoire où tout se déroule entre 7 personnes et un chien.
Mentionnons tout de même le collègue de Walther qui s’aperçoit du défaut de trajectoire de la fusée p.50 et 3 hommes de la base (p.59 et 60) qui participent à la réception de la fusée lunaire ainsi qu’à la désincarcération de ses occupants.

L’Affaire Tournesol

On revient à un nombre conséquent d’anonymes : 47. La moitié, ou presque, peut se diviser en deux camps : les Syldaves et les Bordures. Ce sont ces derniers qui sont le plus représentés : 17, contre seulement 4 Syldaves.
Le premier Bordure anonyme, mais très présent dans cette histoire, est le complice de Stéphan Szprinkoth. On les voit tous deux p.17 de dos, puis à la terrasse de café.
On ne s’étendra pas sur toutes les personnes de nationalité bordure qui interviennent mais signalons néanmoins : les espions qui tentent d’enlever Tournesol (p.29 à 31), sans doute au nombre de cinq, le chef de la police de l’aéroport (p.46) à qui Tintin refile son sparadrap, l’espion au téléphone (p.48), l’agent de la ZEP (p.50) prévenu par un maître d’hôtel délateur, 4 membres du Grand Etat-Major dont le chef présente l’arme révolutionnaire de Tournesol, un conducteur de char qui se fait voler son engin et deux canonniers victimes du manque de fiabilité de leur matériel (p.59). J’ai supposé que ce n’est pas le même qui parle d’une case à l’autre.
Les Syldaves sont représentés par les ravisseurs de Tournesol (p.31). Un seul a droit à une réplique (en syldave !). Leur nombre est difficile à évaluer : au moins six (voir bas de la p.29). Mentionnons aussi l’homme de la Chrysler arrêté par Cartoffoli. Ses adjoints se nomment Boldov et Stany mais lui demeure anonyme. Pour finir, il y a les deux douaniers (p.60) dont l’un a une réplique.
Le début de l’histoire se passe à Moulinsart et nous avons affaire à deux gendarmes dont l’un (p.9) ignore les noms de Tournesol et Tintin alors qu’ils reviennent de la Lune ! N’oublions pas le laitier, principale victime des essais de Tournesol.
L’action en Suisse regorge de personnages divers (ayant une réplique ou non). N’oublions pas que c’est le premier album estampillé «Studios Hergé» et on y trouve un luxe de détails inouï. Citons pêle-mêle : le gendarme (p.17), le réceptionniste de l’hôtel Cornavin (p.17), le chauffeur de taxi (p.20), 2 témoins de l’accident (p.21) dont l’un ramène nos héros en voiture, 2 pompiers, un badaud, un juge et un brigadier (p.27), une infirmière (p.28), l’épouse d’un conducteur prénommé Jules (p.35), l’employé de l’aéroport (p.42), le contrôleur du bus (p.44), le passager au sparadrap (p.45)…
Après l’épisode bordure, un petit retour à Genève auprès du responsable des objets perdus (p.60) afin de récupérer le précieux parapluie du professeur, puis cap sur Moulinsart où nous faisons connaissance avec l’un des fils de Séraphin Lampion (p.61).
Il y a deux célèbres scènes de foule à retenir. Tout d’abord à la p.13 où l’on voit des badauds prendre d’assaut la grille du château. Il y a 77 personnes et 2 chiens au total (15 enfants, 12 femmes et 50 hommes, dont Séraphin Lampion, les deux gendarmes et Hergé).
La deuxième scène se situe p.38 avec Cartoffoli dans ses œuvres. Nous avons dénombré 48 personnes sans compter les occupants de la voiture : 7 femmes, 4 enfants, 37 hommes plus 2 vaches, 1 cheval, 3 cochons, 5 oies, 1 poulet, 2 oiseaux, un chien et un chat noir (!).

Coke en Stock

Nous retrouvons un nombre d’anonymes parlants digne des premiers albums : 74 ! Il faut dire que nous avons là un album hors-normes pour ce qui est de la prolifération des personnages. Nous avons compté large : il n’est pas toujours facile de repérer les personnages qui parlent plusieurs fois, par exemple les Noirs du Ramona. Dans ce cas nous avons compté les répliques. Pour mieux s’y retrouver nous considérerons trois parties, suivant en cela l’histoire :
- Partie se situant en Belgique (p.1 à 14) : 4 personnes au total, les deux réceptionnistes de l’hôtel Bristol, puis Excelsior (p.2 et 11), l’homme de main de Dawson (p.12) et le vendeur de journaux (p.13).
- Partie se situant au Khemed (p.15 à 34, jusqu’au naufrage) : 26 au total, qui se répartissent comme suit :
14 hommes dans la mouvance de Bab El Ehr : les deux saboteurs et le préposé aux passeports (p.15), 2 méharistes (p.21), 6 soldats en patrouille (p.23,25), l’occupant d’une auto-mitrailleuse (p.27) et 2 soldats (p.33).
7 fidèles de Ben Kalish Ezab : deux qui gardent son repaire (p.27 et 28), le guide à cheval (p.28), deux hommes qui conduisent nos héros au boutre… pardon au sambouk (p.32) et l’homme peureux qui donne son fusil-mitrailleur à Tintin (p.34).
Les 5 restants sont : le passager affolé (p.17), le pilote de l’avion en détresse et le costaud qui veut un parachute (p.18), un autre passager (p.19) et une femme traitée par le capitaine de « bayadère de carnaval » (p.25). Notons que dans la première édition elle fut qualifiée de « Fatma de Prisunic » (et dans le journal Tintin « Fatima de Prisunic » !).
- Partie se situant sur la mer (Rouge, probablement) p.35 à 59 ; 44 personnes au total réparties ainsi :
9 personnes du « Shéhérazade » : 6 hôtes masqués du marquis di Gorgonzola alias Rastapopoulos (4 femmes et 2 hommes), le commandant du yacht (p.36) et 2 marins (p.40 et 41).
27 personnes du « Ramona » : le second d’Allan (p.41), 25 Noirs (p.44 et suivantes) dont 4 invisibles (p.44 et 46) et le négrier arabe p.48.
Les 8 restantes sont : 4 hommes du sous-marin (p.54 et 57) dont le plongeur heurté par l’ancre (p.54 à 58), 3 hommes du « Los Angeles », dont 2 officiers (p.54 et 59) et enfin un aviateur (p.57).
Parmi les figurants muets, remarquons le couple sortant du cinéma (p.1 a3) : on l’a déjà vu dans l’Affaire Tournesol comme passagers de l’autocar. Visiblement, le monsieur ne connaissait pas encore la dame : c’est le sparadrap qui les a réuni !
D’autre part, une scène de foule célèbre se trouve dans la toute dernière vignette de l’album : le fameux rallye automobile de Séraphin Lampion. Nous avons dénombré 2 chiens (sans compter Milou) et 59 participants au total : 2 enfants, 13 femmes et 44 hommes, dont les 2 Dupondt. Sur les 44, une bonne douzaine fait partie de l’organisation…

Tintin au Tibet

Dans cette histoire épurée à l’extrême nous avons dénombré 28 anonymes ayant au moins une réplique : on aurait pu s’attendre à moins.
Dans la première partie, à Vargèse rappelons-le, nous ne voyons guère que la «dame au Pékinois» et la femme de ménage enrhubée (p.6) tandis que dans la deuxième partie, en Inde puis au Népal, nous pouvons citer : 2 hôtesses (p.7 et 9), un passant hindouiste (p.7), un policier dépassé par les évènements (p.8), un chauffeur de taxi (p.8), un steward de l’avion (p.9), le chef de l’aérodrome qui nous énerve avec son élastique (p.10), le porteur irascible (p.11) qu’on reverra dans l’expédition, un passant et 2 enfants qui confirment au capitaine que le piment est comestible (p.11). Dans la troisième partie, l’expédition proprement dite, nous faisons connaissance avec les deux autres porteurs, dont le cuistot (p.22), 7 occupants de la lamaserie (avec un seul « s » !) : le lama assistant à la lévitation de Foudre Bénie et un autre se le ramassant sur le pied (p.44), 3 gardes (p.46 et 51), leur maître à tous : le « Grand Précieux » (p.48 et suiv.) dont nous ne connaissons pas le vrai nom. Il faut dire que le capitaine ne nous aide pas, lui qui le qualifie tour à tour de Gand Vizir, Grand Mufti, Grand Mogol, Grand Chose, Grand Bazar… alors qu’il appelle fort à propos « Révérend Père » le lama qui les conduit à la caravane qui repart pour le Népal (p.50). Mentionnons en outre 7 enfants de Charahbang (p.52, 53 et 60).
Le yeti, qui n’est bien sûr pas comptabilisé, n’est pas oublié par Hergé pour ce qui est des répliques : 14 au total, pour la plupart des cris de détresse, de douleur (p.42), de colère (p.57), de chagrin (p.58, 59 et 62) ou de peur (p.60). Le vocabulaire est limité, mais la variété des sentiments exprimés est éloquente !
Pour ce qui est des figurants muets et anonymes nous avons la célèbre scène, p.2, du cauchemar de Tintin. Nous avons dénombré 19 personnes, plus Tintin, Haddock et Tournesol : 10 hommes, 8 femmes et 1 enfant. Parmi les adultes il y a apparemment 7 couples.

Les Bijoux de la Castafiore

On ne s’étonnera pas du faible nombre d’anonymes ayant au moins une réplique : 14. En effet, ce récit est un modèle de concentration autour de quelques personnages principaux, un huis-clos infernal où la répétition est l’un des principaux ressorts comiques. Passons-les en revue :
p.3 la maman de Miarka et la diseuse de bonne aventure. Si le capitaine lui avait donné un peu d’argent, peut-être aurait-elle davantage précisé le sens de la phrase « Toi bientôt nouvelle voiture ! ».
p.4 le Tzigane qui explique au capitaine la raison de leur campement près d’un dépotoir.
p.8 le docteur qui diagnostique une « solide entorse, avec déchirures ligamentaires ». Certains tintinophiles croient voir en lui le docteur L.Daumière du Trésor de Rackham le Rouge. Pourtant, Haddock n’habitait pas encore le château à cette époque. N’y a-t-il pas un docteur plus près de Moulinsart ?
p.13 le commandant de gendarmerie, déjà vu dans l’Affaire Tournesol.
p.17 le livreur de piano de l’entreprise « Cracq & frères »
p.19 la dame au téléphone qui traite le capitaine de mufle.
p.20 l’un des deux journalistes italiens (l’autre s’appelle Gino).
p.30 le président de l’Harmonie de Moulinsart et l’interviewer de la Castafiore.
p.31 et 32 deux membres de l’équipe technique de la télévision.
p.47 un gendarme transmettant un ordre par radio.
p.49 le speaker (ou speakerine ?) de la télévision. A partir de cet album, on peut dire que le média télévisuel a supplanté le média radiophonique !
Un mot pour finir avec l’un des « personnages » de cette histoire qui, bien que nommé, mérite notre attention : il s’agit du perroquet Coco offert au capitaine. Il a droit à 22 répliques (sans compter le cauchemar de la p.14) et parmi elles 11 « Allô-ô-ô-ô j’écou-ou-te », 3 « Crô », 2 « Trrring !Trrring !Trrring ! » et 2 « Ciel !Mes bijoux ! ». On notera l’énigmatique « Wouitch » de la p.14 et le savoureux « Silence quand je parle mille millions de mille sabords !!! » p.57. C’est lui qui a le mot de la fin p.62 . On ne saura pas ce qu’il adviendra de lui car il est invisible dans Tintin et les Picaros.

Vol 714 pour Sydney

Seulement 14 personnages non nommés dans cette histoire et tous en retrait (souvent une seule réplique chacun). On remarquera qu’Hergé prend bien soin de présenter au lecteur chaque personnage nouveau : voir p.3 pour Colombani, p.4 pour Carreidas et Spalding, ou p.8 pour Gino. Les rares anonymes sont :
p.1 une hôtesse sur le tarmac de l’aéroport.
p.5 et 6 une autre hôtesse (invisible) guidant les voyageurs par haut-parleur.
p.7 et 9 un mystérieux espion surveillant nos héros.
p.15 un marin indonésien victime du rase-motte de l’avion et le contrôleur aérien inquiet de sa disparition.
p.26 deux gardes sondonésiens. L’un se fera mordre les fesses par Milou avant de récolter un crochet du droit par Tintin. L’autre se contentera d’un crochet du gauche.
p.30 deux autres gardes sondonésiens réduits également au silence par Tintin et Haddock.
p.41 trois sondonésiens refusant de s’engouffrer dans le souterrain. L’un d’eux préviendra les aviateurs restés sur la plage.
p.59 le speaker radio parlant dans le poste abandonné sur la plage et l’un des deux pilotes de l’hydravion recueillant nos héros (on sait que l’autre s’appelle Bob).
Un mot sur le journaliste qui interviewe les différents protagonistes à la fin de l’album, sous l’œil narquois de Séraphin Lampion. Il n’est pas comptabilisé ici car, les tintinophiles le savent, il s’agit d’une personne réelle : un certain M. Jean Taussat qui rêvait de figurer dans un album de Tintin et en avait fait la demande à Hergé à l’époque des Bijoux de la Castafiore. Emu par cette demande inhabituelle, Hergé obtempéra. Hélas, le dédicataire meurt en 1965 et ne verra donc jamais son portrait dans l’album. Hergé ne saura jamais que son mystérieux commanditaire n’est plus et il a du le trouver fort mal élevé de ne pas avoir répondu à sa lettre de la fin 1967, lui annonçant avoir exaucé son vœu ! (cf article de M.Goddin dans la revue des ADH n°38)

Tintin et les Picaros

Dans cet ultime aventure achevée nous retrouvons un nombre élevé d’anonymes : 63. C’est aussi l’album où la foule joue un rôle important : n’est-ce pas grâce à elle que Tintin arrive à renverser Tapioca ?
Nous subdiviserons ces personnages en 6 groupes :
Les journalistes : on n’en a jamais autant vu ou entendu : 11 en tout. Il y a les speakers radio ou TV (5 répartis p.2, 4, 8, 46 et 59), les journalistes en chair en os (6 à Moulinsart p.6 et 7 ayant au moins une réplique).
Les Picaros : 26, qui se répartissent comme suit : 12 poivrots, entre les p.40 et 44, 12 sur la voie de la désintoxication (dont deux ayant passé à tabac le pauvre Tournesol) entre les p.48 et 51 et 2 « guéris » p.53 en haut.
Les Tapioquistes : 10 en tout répartis ainsi : le chauffeur et le secrétaire du colonel Esponja alias Sponsz (p.15), un soldat chargé de détruire le camion d’Alcazar (p.27, je suppose que c’est le même au bas de la p.28 bien qu’il colle son talkie-walkie sur l’autre oreille), le procureur général (p.47), 2 personnes du tribunal (p.48 à la TV), 3 gardes qui viennent de retourner leur veste (p.57) et le chef du peloton d’exécution (p.59).
Les Arumbayas : 3 (p.32) qui tentent de déshabiller Tournesol.
Les Turlurons : 8 (p.52 et 53) plus le chauffeur du car.
Divers : 4 répartis comme suit : le préposé aux télégrammes (p.9), l’hôtesse de l’avion (p.11), un membre des « Jolly Old Fellows » (p.13) et le conducteur du char (p.59).
Comme il a été dit plus haut, les scènes de foule sont particulièrement nombreuses. Nous en retiendrons deux : en p.20 lorsque le capitaine Haddock va acheter son tabac (une escorte de 16 policiers veille sur sa « protection » ! ) et la fameuse p.54 avec la «rue du 22 mai », date anniversaire d’Hergé. Nous avons rquelques clins d’œil à des albums précédents :
3 Noirs (Tintin au Congo), un Indien et un cow-boy (Tintin en Amérique), un Hindou (les Cigares du Pharaon), un Chinois (le Lotus Bleu), deux Ecossais en kilt (L’île noire), un pirate (le Trésor de Rackham le Rouge), une tête de bœuf (les Sept Boules de cristal) ainsi que deux sérieux rivaux de Tintin : Astérix et Mickey.


CONCLUSION


Arrivés au terme de cette étude, faisons nos comptes : ajoutons aux 325 personnages nommés recensés par M.Mozgovine les 847* autres que nous avons trouvés et nous arrivons au nombre impressionnant de 1172 personnages nommés ou non, ayant prononcé au moins une réplique dans les aventures de Tintin.
Nous résumerons l’évolution du nombre des anonymes dans le graphique ci-joint : on constate un creux manifeste pendant la période de guerre, pour le cas particulier de « On a marché sur la Lune » et pour trois des cinq derniers albums. A chacun d’en tirer la conclusion de son choix, pour ma part je dirais que l’apparition du Capitaine Haddock y est pour beaucoup et que Coke en Stock ou Tintin et les Picaros font plutôt figure d’exception.
On pourrait prolonger encore cette étude en y ajoutant tous les figurants (humains et animaux) que l’on peut discerner. J’ai un peu débroussaillé le terrain en comptant les figurants de certaines cases géantes, mais l’on pourrait faire de même pour toutes les autres. Un sacré travail en perspective !



* 848-1 car le fakir des Cigares du Pharaon est déjà comptabilisé par M.Mozgovine.

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